Archives privées. Général Louis Mougin (1899/1929)

Cote de référenceFR ANOM 11 APOM 1-41
Référence Internetark:/61561/hv104eyv
Description matérielle2 mètres linéaires
OrigineGénéral Louis Mougin
Organisme responsable de l’accès intellectuelArchives nationales d'outre-mer
29 chemin du Moulin de Testa, 13090 Aix-en-Provence
Langue des unités documentairesfrançais

Le général Louis Mougin (1873-1955) est né à Mostaganem le 10 novembre 1873, de parents francs-comtois, originaires de Dampierre-sur-Linotte (Haute-Saône). A ce qu'il semble, son père, un ancien gendarme, avait trouvé un petit emploi dans l'administration algérienne. En 1880, on retrouve la famille Mougin à Duperré, où François Joseph était huissier   ; il mourut peu après. Au début du siècle, sa famille s'installe d'abord à Tenès, puis à Marengo (département d'Alger).

En sortant de Saint-Cyr, Louis Mougin passe deux ans en garnison à Antibes avant de rejoindre le 2ème régiment de Tirailleurs algériens. De mars 1899 à l'été 1903, il fait campagne en Algérie et au Sahara. Parlant et écrivant l'arabe, il s'intéresse à l'étude du pays où il sert. C'est ainsi que l'hiver 1901, il se joint aux caravanes qui vont au Gourara et en reviennent, afin de noter leur itinéraire (11 APOM 5).

En juin 1902, il entre dans les services des Affaires indigènes. Un an plus tard, il est détaché à la section frontière de la mission militaire française au Maroc, à Oujda, dont il ne tarde pas à recevoir le commandement. Cette section a été créée à la demande du Sultan du Maroc, qui désirait des instructeurs pour ses troupes établies à la frontière algéro-marocaine. Bien loin de se cantonner dans un rôle d'instructeur, Mougin combat aux côtés du Maghzen contre Bou Hamara, étudie la région, prépare, en quelque sorte, l'occupation d'Oujda par les troupes françaises et, un peu plus tard, la prise de Taza. En novembre 1908, peu après son mariage, il est nommé chef du bureau des affaires indigènes de Lalla-Marnia, poste qu'il occupe jusqu'en mai 1911. Au cours de ces années, Mougin publie trois petites études qui témoignent de sa connaissance de la frontière orano-marocaine : Oujda. Histoire, organisation, commerce (1906) ; La Grande voie de pénétration au Maroc (1908) ; Résumé de nos rapports avec les représentants du Maghzen et les populations de la zone frontière orano-marocaine depuis vingt ans (1910)   .

En 1911, Louis Mougin va passer deux ans à Paris, d'abord détaché au cabinet du ministre de la Guerre (section études), puis employé à l'état-major de l'armée (section Afrique). De son séjour à Lalla-Marnia, Mougin n'a conservé aucun document, semble-t-il ; des années parisiennes, il ne subsiste guère que le dossier de l'affaire Destailleurs, dite aussi affaire d'Oujda (1911), un épisode de la rivalité entre administration civile et administration militaire, alors que les officiers s'efforçaient de défendre leur conquête contre l'invasion des affairistes (11 Apom 9).

En septembre 1913, Mougin retourne au Maroc, nommé au commandement du cercle de Msoun, puis à celui de Taza (juin 1914). Il participe aussi aux opérations de la colonne mobile de Taza et donne toute satisfaction à ses chefs, dont Lyautey. Mais, lorsque la guerre éclate, il regrette vivement de ne pouvoir venir se battre en France ; ce n'est qu'au printemps 1916 qu'il parvient à ses fins. Il sert d'abord dans le 8ème régiment d'infanterie. En janvier 1917, il est nommé lieutenant-colonel et reçoit le commandement du 201ème R.I., qu'il conservera jusqu'à la dissolution du régiment, en mars 1919 (11 Apom 3 et 4). L'été 1918, son frère, le capitaine Henri Mougin, a été tué sur le front, après une carrière assez semblable à la sienne : Saint-Cyr, les campagnes aux confins algéro-sahariens, les services des affaires indigènes (1880-1918).

Quoique resté en bons termes avec Lyautey, à ce qu'il semble, Mougin ne retournera pas au Maroc avant 1926. En avril 1919, le commandant en chef des armées alliées en Orient le nomme son agent de liaison auprès du ministre de la Guerre ottoman. Au cours de cette première mission en Turquie, il se lie d'amitié avec Mustapha Kémal et les autres dirigeants du parti nationaliste. Il observe également les intrigues anglaises et ne se fait pas faute de dénoncer tout ce qu'elles peuvent avoir de contraire aux intérêts français en Orient. Il est, du reste, très lié avec Aristide Briand. En février-mars 1921, il est présent, à Londres, aux négociations destinées à fixer la frontière entre la Turquie et la Syrie. Cette conférence reste sans succès, jusqu'à l'accord d'Ankara (octobre 1921), conclu par Franklin-Bouillon. Mougin accompagne le parlementaire en Anatolie pour suivre les opérations d'évacuation de la Cilicie par les troupes françaises (11 APOM 27).

Au printemps 1922, il est placé en observateur auprès de Youssouf Kemal bey, lors du passage de celui-ci à Paris (11 APOM 28). En mai de la même année, mis à la disposition du Président du conseil, ministre des Affaires étrangères, il est nommé représentant à Angora (Ankara) du Haut-Commissaire en Syrie et au Liban. Il est en principe chargé du règlement des questions frontalières et douanières. En réalité, pendant près de deux ans, il agit comme un agent de renseignements et une sorte de représentant officieux de la France auprès du gouvernement turc (l'ambassadeur est resté à Constantinople). Ce fait illustre bien les hésitations de la politique française, partagée entre sa loyauté envers ses alliés et la défense de ses intérêts propres. Le colonel Mougin, quant à lui, n'hésite pas, ce qui lui vaut d'être rappelé en mars 1924.

Mais de trop longues tergiversations ont irrité la Turquie et compromis la position française. Et Mougin, grâce à ses amitiés turques, paraît indispensable lorsque, à la suite de la ratification du traité de Lausanne et en attendant la nomination d'un ambassadeur à Ankara, il s'agit de tenter de rétablir l'influence française, d'entamer des relations amicales entre les deux pays et d'ouvrir de nouveaux marchés aux industriels et hommes d'affaires. Dès octobre 1924, Mougin est donc de retour à Ankara, officiellement chargé d'obtenir du gouvernement turc la réouverture des écoles catholiques françaises et de négocier une convention scolaire franco-turque (11 APOM 39). Cette dernière mission s'achève, au printemps 1925, par un voyage presque triomphal en Mer Noire.

De retour en France, Mougin est promu général de brigade et reçoit un commandement en Algérie. Cependant, il ne rejoint pas son poste. En janvier 1926, Théodore Steeg, nouveau Résident général au Maroc, lui confie la direction de son cabinet militaire. Mougin est ainsi amené à s'intéresser de très près à la question rifaine, préparant notamment la conférence d'Oujda. Ce nouveau séjour au Maroc est, du reste, assez court puisqu'il paraît s'achever dès la fin de 1927 : les documents réunis par le général Mougin sont en effet muets sur les circonstances de son départ. S'il faut en croire Joseph Luccioni (Revue de l'Occident musulman n° 12, 1972, p. 124), Mougin se serait trouvé en grave désaccord avec Steeg au sujet de la succession de Moulay Youssef (novembre 1927), soutenant les prétentions de Moulay Idriss, auquel le Résident général préféra Sidi Mohammed. Rien ne vient confirmer ou contredire ce témoignage. Mougin restera, d'ailleurs, en très bonnes relations avec Mohammed V, comme avec le général Noguès, qui lui succéda à la direction du cabinet militaire de Steeg.

Mougin rentre donc en France. Ayant pris sa retraite, il se retire à Paris. Il est toujours en correspondance avec les personnalités rencontrées au cours de sa carrière, mais ne joue plus aucun rôle officiel. Grand officier de la Légion d'honneur, il reçoit encore la croix de guerre 39-45 pour faits de résistance. Lors de la déposition du Sultan, il est membre du comité France-Maghreb avec le général Catroux. Il meurt à Paris le 14 novembre 1955.

Le fonds dont l'inventaire suit est constitué de documents réunis par Mougin au cours de sa carrière, peut-être avec l'idée de s'en servir par la suite pour la rédaction de mémoires, à l'image du manuscrit, d'ailleurs inachevé, consacré au début de la mission à Ankara, en 1922 (11 APOM 33).

Un tri a été opéré, semble-t-il, avant l'entrée de ces archives aux Archives nationales d'Outre-Mer ; on a seulement conservé les documents illustrant quelques chapitres particulièrement importants de la vie de Mougin, au détriment de périodes de moindre intérêt : la conquête de la région d'Oujda, la guerre de 1914-1918 et le 201ème régiment d'infanterie en 1917-1918, les missions à Ankara et la naissance de la Turquie moderne, Abd-el-Krim et la question rifaine.

Sur ces sujets, ce fonds est d'un exceptionnel intérêt et vient utilement compléter les collections publiques, celles du Service historique de la défense et du ministère des Affaires étrangères.

Fonds entré en février 1979.

Libre accès aux originaux.

Gouvernement général de l'Algérie :

DERNIÈRE MISE À JOUR LE 2013-11-06

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Répertoire établi par Catherine MARION, conservateur, révisé et complété par Isabelle CHIAVASSA, conservateur en chef
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