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Préfecture de Constantine. Bureau de l'agriculture

Daniel Lefeuvre, Professeur d’histoire contemporaine, Université Paris VIII Saint-Denis

Si quelques travaux pionniers ont ouvert la voie, en particulier ceux d’Hildebert Isnard, de Xavier Yacono d’André Nouschi, de Charles-Robert Ageron et, plus récemment de Gilbert Meynier, il faut remonter aux années 1930 pour rencontrer des études importantes consacrées, en tout ou partie, à l’histoire de l’agriculture et des agriculteurs algériens, européens ou musulmans. Depuis une vingtaine d’années, en tout cas, les recherches historiques se sont consacrées essentiellement à l’étude des mouvements nationaux algériens et à celle de la guerre d’indépendance. L’actualité, tant en Algérie qu’en France, guidait ces choix. Le classement et l’ouverture, en 1992, des archives du Service Historique de l’Armée de Terre offrait, en outre, un champ d’investigation considérable aux chercheurs. Les travaux importants issus de cette veine fournissent un socle consistant de connaissances sur les origines immédiates, les principaux acteurs, le déroulement et le dénouement de ce conflit qui aboutit à la fin de la domination française en Afrique du Nord.

Cependant, pour la plupart centrées sur le court terme de la fin de la période coloniale, subjuguées par le poids de l’événementiel – politique et militaire – ces recherches côtoient les réalités quotidiennes de la société algérienne qui s’est construite à partir de 1830, plutôt qu’elles ne les exposent et ne les expliquent. Parce qu’elles observent son agonie, elles négligent sa longévité. Pourtant, c’est bien au cours de cet espace plus que centenaire que se sont construites les réalités changeantes, complexes, contradictoires même, de cette société coloniale, qu’il convient d’appréhender pour ce qu’elle fut, dans ses modes effectifs de fonctionnement quotidien plutôt que de se satisfaire, par paresse ou commodité, des caricatures qui en sont, trop souvent, proposées.

De ce point de vue, les 220 cartons, impeccablement classés et librement consultables, qui constituent le fond du Bureau de l’agriculture de la préfecture de Constantine, lequel couvre d’ailleurs une plage chronologique plus ample que celle annoncée dans l’inventaire, ouvre aux chercheurs des perspectives considérables, en particulier dans deux vastes domaines encore trop peu explorés.

Ils autorisent, en premier lieu, une plongée dans la société rurale qui domine largement cet Est algérien, où la vie des hommes, du bled comme des villes, Algériens musulmans comme Algériens d’origine européenne, est d’abord rythmée par le calendrier des travaux agricoles, la vicissitude des moissons, l’angoisse des calamités capables de ruiner une année de travail. Quel historien de notre Ancien Régime ne nous envierait-il pas la belle série de statistiques agricoles conservée par le Bureau de l’Agriculture de Constantine !

Ils permettent, ensuite, de suivre, au jour le jour, l’action de l’Administration, dans la multitude de ses interventions, offrant ainsi la possibilité d’une approche de ce que fut l’Etat colonial dans la palette de ses pratiques effectives, qui ne se circonscrivent pas aux seules mesures de coercition. Parmi d’autres, un travail sur les Sociétés Indigènes de Prévoyances ou sur les efforts fournis en vue de la modernisation de l’agriculture (enseignement professionnel, organisation des comices, etc.) montreraient cet ambivalence de l’administration coloniale.

Certes, cette société est, évidemment, traversée de conflits. Parfois violents, ils se nouent d’abord autour de la terre, de sa possession et de son exploitation. Conflits coloniaux donc, mais aussi conflits sociaux, de classes, la colonisation ayant introduit la modernité du rapport salarial dans la société algérienne. Sur ce plan, les archives du Bureau de l’Agriculture sont peu fournies. Quelques cartons permettent cependant de suivre les interventions de l’administration dans la fixation des salaires agricoles.

Ainsi, à l’historien en quête de compréhension de ce que fut le quotidien de l’Algérie française, les archives du Bureau de l’Agriculture de la préfecture de Constantine proposent un matériaux de première valeur. Gageons qu’il en sortira, bientôt, des travaux qui enrichiront nos connaissances en renouant le fil momentanément distendu de l’histoire économique et sociale de la colonisation. Naturellement ces archives ne se suffisent généralement pas à elles-mêmes. Mais l’on saura gré aux auteurs d’avoir fait figurer, en tête de leur répertoire, un inventaire détaillé, auquel le chercheur se référera avec profit, de Sources complémentaires disponibles aux ANOM.

DERNIÈRE MISE À JOUR LE 2015-01-26

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Répertoire établi par Lionel Adagas, stagiaire de DESS de l'Université d'Angers, sous la direction d’André Brochier, conservateur
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