Archives privées. Révérend Père Théry (1940/1959)

Cote de référenceFR ANOM 19 APOM 1 à 15
Référence Internetark:/61561/wd149upi
Description matérielle2 mètres linéaires
OrigineDon de Gérard Lambert d'Ortho
Organisme responsable de l’accès intellectuelArchives nationales d'outre-mer
29 chemin du Moulin de Testa, 13090 Aix-en-Provence
Langue des unités documentairesfrançais

Le R.P. Théry est né en 1891 ; ce Dominicain, docteur en théologie, membre de l'Académie pontificale, ancien professeur du Saulchoir et de l'Institut catholique de Paris, se spécialise très tôt dans l'étude du courant néoplatonicien. Ses travaux l'amènent à étudier le Moyen Age. Il fonde avec son ami Etienne Gilson les Archives d'histoire doctrinale et littéraire du Moyen Age. En 1930, il crée à Rome l'Institut historique de Sainte-Sabine ; le Pape Pie XI le nomme consulteur de la sacrée congrégation des Rites, au titre de membre de la section historique.

Ami d'Anatole de Monzie  , ministre soucieux de faire basculer l'Italie du côté français et d'éloigner Mussolini de l'Allemagne, il parcourt l'Italie, plaide la cause d'une alliance entre la France et l'Italie, rencontre des hommes politiques de l'entourage de Mussolini, prend des contacts avec les plus grandes entreprises de fournitures pour l'armée  . Dans une lettre à Anatole de Monzie, datée du 10 avril 1940, on peut lire : « j'avais la possibilité certaine – je vous le dis cher Monsieur le Ministre avec le plus grand sérieux – de connaître les résultats de cette entrevue du Brenner. Comme je vous l'ai dit, on m'a fait demander par trois fois d'aller à Rome, parce qu'on avait de graves révélations à me faire au sujet du Brenner. Je n'y suis pas allé parce que mes appels auprès des autorités françaises sont restés sans écho... J'ai brûlé d'agir, sous un contrôle sérieux, mais je n'ai pas été soutenu... »  

Le R.P. Théry débarque en août 1940 à Oran.

Dès 1940, plusieurs groupes de résistants se sont constitués en Afrique du Nord. Il y eut tout d'abord des tentatives isolées, tel le réseau de renseignements et de sabotage de l'officier de réserve Mounier, ou le réseau de renseignements de l'ingénieur L'Hostis. L'aide décisive pour les Alliés viendra du groupe des cinq. Il est composé de Jacques Lemaigre-Dubreuil, directeur général des huileries Lesieur, de Henri d'Astier de la Vigerie, du diplomate Tarbé de Saint-Hardouin, de Van Hecke, responsable des chantiers de jeunesse, de Jean Rigault, inspecteur de la société Lesieur pour l'Afrique du Nord. Très vite le groupe tisse un réseau de collaborateurs : à Oran, l'industriel Roger Carcassonne, à Alger, José et Raphaël Aboulker, le colonel Tostain, chef d'état major de la division d'Alger, André Achiary, chef de la brigade de surveillance du territoire, l'abbé Cordier, lieutenant affecté au 2e bureau, le R.P. Théry. Ce dernier écrit dans un rapport   : « bientôt... mus par une attraction secrète, de vrais hommes prirent l'habitude de se réunir dans ma petite chambre. Il ne s'agissait pas de complots. Il n'était pas question encore d'organisation ni de chefs. On se contentait de confronter nos espoirs,... de commenter les radios, de parler de l'énergie du général de Gaulle... ».

Personnalité puissante, doté de nombreuses relations, le père a vraisemblablement exercé sur le groupe des cinq une autorité morale importante. D'aucuns lui attribuent un rôle primordial. José Aboulker écrit que c'est chez le père Théry que le groupe des cinq se réunissait : « il y eut chez le père Théry au moins une réunion par jour, au cours de laquelle chacun annonçait le travail qu'il avait réalisé pendant les heures passées, et où, d'un commun accord, les plans d'action étaient arrêtés pour la journée à venir ». Pour Albert Kammerer, le père Théry était « de la race des missionnaires bottés, des moines ligueurs et conspirateurs ». Mme Chamine, dans son livre La conjuration d'Alger, le considère comme « un dominicain de style moine ligueur, fort pittoresque, des bottes dépassant sous sa robe qu'il relève à pleines mains. C'est lui qui se chargera des liaisons Alger-Oran et qui demeurera avec Roger Carcassonne et le colonel Tostain à la tête de l'équipe d'Oran. Quand il n'est pas dans le train, il noircit des pages et des pages ; c'est l'historiographe de l'affaire... ». Pour le général Mast, Théry est un « Dominicain très dynamique et ardent patriote ». Jacques Soustelle le dit « savant et actif ». Enfin, pour le vice-consul d'Oran, Leland Rounds, il est à l'origine du débarquement : « c'est dans la petite chambre du père Théry qu'il faut chercher le début de cette opération ».

La collection des cahiers du père Théry se veut l'héritière des archives du "groupe des cinq". Dans son Histoire de la libération de l'Afrique (cahier 51), le Père relate la constitution des archives. « C'est en mars-avril 1942 que Rigault pensa, avec sa secrétaire Mlle de Camas, à unifier les archives de la libération ». Les papiers s'accumulant, il y eut un premier classement. Rigault, devant partir pour le Maroc, confie les archives à un ami de l'abbé Cordier. Après l'assassinat de Darlan, et l'arrestation de d'Astier et de Cordier, Van Hecke fait appel à Théry pour essayer de venir en aide aux deux prisonniers et prouver leur place dans la Résistance. Les archives avaient été remises à M. Moyne, connu pour être un véritable résistant, qui les avait lui-même données à Mgr Hinchy, représentant en Afrique des évêques de Metz et de Strasbourg. Quand enfin Van Hecke et Théry récupèrent les archives, ils constatent avec Rigault un grand désordre, et la disparition de nombreuses pièces. Théry écrit :

« J'essayais de reclasser les pièces d'archives encore existantes en février 1943 et de combler les vides, en confrontant la documentation qui m'avait été remise avec les dossiers établis par M. Lemaigre-Dubreuil. Grâce aux tables générales que je possédais, je pus constater que M. Lemaigre-Dubreuil avait en mains un certain nombre de doubles qui me serviraient à combler les lacunes de ma documentation... Cette documentation si riche soit-elle, était cependant bien incomplète. Par ailleurs, elle se rapportait strictement aux accords de principe entre Américains et Alliés. Il fallait par conséquent pour obtenir une physionomie à peu près exacte de la Résistance africaine, compléter les fonds d'archives primitifs par une documentation d'action. Nous dûmes pour cela interroger tous les acteurs du drame africain, parcourir le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. » On trouve d'ailleurs dans les cahiers un mot du général Breuillac à Théry, rédigé ainsi : « c'est vous le responsable de la rédaction de ce document. Vous m'avez demandé de " parler " ma vie devant vous et ce récit a été sténographié. »

Le Père Théry revendique l'honneur d'avoir le premier commencé à écrire l'histoire du 8 novembre. « Ayant été l'un des trois qui aient pensé à fonder une Association du 8 novembre... , j'exprimais le désir de voir écrire l'histoire de la libération de l'Afrique. Unanimement, mes amis me désignèrent pour une raison identique : j'étais un des rares qui fut indépendant et désintéressé. » Mais la première histoire du débarquement fut écrite par Gabriel Esquer, conservateur de la bibliothèque nationale d'Alger. Et le Père Théry en conçut une vive amertume. « Je compris très vite que l'" ersatz " de la Société du 8 novembre essaierait de " torpiller " » mon travail. Le conseil d'administration provisoire de l'Association de la Libération française du 8 novembre décide d'établir un historique des événements relatifs au débarquement et envisage la création d'une commission historique composée de « deux personnes ne faisant pas partie de l'association et dont la compétence en matière historique est indiscutable, et de trois membres de l'association possédant une documentation permettant d'établir un historique de la façon la plus objective et la plus complète ». Les historiens sont Mlle Haunotte et M. Esquer ; les détenteurs de la documentation nécessaire sont Lemaigre-Dubreuil, Jacques Brunel et Théry. « Cherchait-on à éviter une histoire du 8 novembre objective et impartiale ? N'était-ce pas là une manœuvre pour orienter cette histoire vers l'apologie d'un clan, d'une caste ou d'une politique ? ».

Signalons enfin que le père Théry publia sous le nom d'Hanna Zacharias deux ouvrages qui suscitèrent beaucoup de polémiques : L'Islam, entreprise juive : de Moïse à Mohammed et Voici le vrai Mohammed et le faux Coran.

Il était titulaire de la Médaille de la Résistance française (1943), de la Croix de guerre, et chevalier de la Légion d'honneur.

Le Père Théry est mort en 1959. Ses archives ont été données aux Archives nationales d'outre-mer en 1980, par Gérard Lambert d'Ortho. Il s'agit de la collection originale des cahiers dactylographiés, retrouvée chez la sœur du Père Théry en 1978.

Une autre collection avait été confiée par le Père à l'abbé Bertuel. Elle partit aux États-Unis, grâce au vice-consul d'Oran Leland Rounds. Elle a été déposée en 1983 par Gérard Lambert d'Ortho à l'Académie des Sciences d'Outre-mer à Paris. Des indications contradictoires existent sur ces deux collections et une éventuelle troisième.

Gérard d'Ortho, chevalier du Mérite, qui avait reconstitué patiemment cette collection de cahiers, est décédé très âgé : en 2008, il était âgé de 107 ans. Le fonds s'est enrichi en 2013 de trois nouveaux cartons de cahiers en double, cotés 13 à 15.

Ces archives se présentent sous la forme de cahiers numérotés, rassemblant des copies dactylographiées de textes d'archives authentiques, parfois d'articles recueillis dans la presse et diverses revues.

Elles concernent la Résistance en Afrique du Nord et le débarquement allié du 8 novembre 1942 ; mais aussi l'Italie fasciste, et quelques sujets secondaires liés à la seconde guerre mondiale.

La numérotation des cahiers a été parfois remaniée.

Si ces documents permettent une approche de l'histoire du débarquement en Afrique du Nord, ils sont toutefois de valeur inégale, souvent impersonnels, et leur origine n'est pas toujours précisée.

Il existe des "tables", qui sont en réalité des inventaires détaillés (et non des tables alphabétiques) : une table des cahiers 1 à 26, ainsi que des cahiers 34 et 36, sous la cote 7/41, une autre table (cahiers 1 à 34) parvenue en 2013 sous la cote 15.

Préfecture d'Alger - Cabinet du préfet et du préfet régional (Sous-série 1K, 1858-1962) - Administration courante : Projets d'érections de stèle, plaques, monuments : à la mémoire de l'athlète Géo André, du lieutenant Dreyfus et du capitaine Pillafort (mortellement blessés le 8 novembre 1942) ; de la rencontre entre Résistance algérienne et Alliés, le 22 octobre 1942 à Misselmoun (commune de Gouraya) (1942-1954).

Libre accès aux originaux.

DERNIÈRE MISE À JOUR LE 2013-10-16

Archives
Répertoire établi par Isabelle DION, conservateur en chef, complété par Isabelle CHIAVASSA, conservateur en chef
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