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Sous-préfectures d'Algérie. Sous-préfecture de Tébessa

Ouanassa Siari Tengour, Chercheur CRASC

Le répertoire réalisé par Julien Benedetti vient enrichir notre connaissance des fonds d’archives que le CAOM met régulièrement à la disposition des chercheurs.

Les conditions tardives de la création de la sous-préfecture, mise en place réellement dans le courant de l’année 1956, attirent l’attention sur la complexité des structures administratives en Algérie, durant la période coloniale. C’est en pleine guerre que les pouvoirs publics ont décidé de mettre en application la réforme départementale qui aboutit au moins formellement à une « assimilation » du territoire algérien, mettant fin au régime discriminatoire de la commune mixte  .

A partir de 1956, l’arrondissement de Tébessa compte quelques 21 des communes, qui, à l’exception de Tébessa, n’ont aucune expérience municipale. La situation de guerre a par ailleurs entravé sérieusement la mise en place de tout le dispositif conformément à la logique du nouveau cadre administratif. De fait, ces communes créées sur le papier n’ont pas d’existence réelle, c’est-à-dire une représentation élue. Les autorités ont opté, à titre exceptionnel et donc provisoire, pour la désignation « des délégations spéciales »   pour remplir les obligations qui échoient en temps de paix aux municipalités élues. Dans la pratique, les anciens douars n’ont pu donc faire l’expérience municipale et s’initier librement au jeu démocratique.

Ni les élections législatives (novembre 1958) ni les élections municipales (avril 1959) n’ont permis de rétablir une situation compliquée par l’évolution de la guerre : la lecture des listes des candidatures   plus fabriquées par le volontarisme des officiers des SAS et le déroulement des élections « sous haute surveillance » donnent une autre idée de l’extrême fragilité de la réalité.

Du reste, la difficulté de trouver des candidats est un véritable casse tête pour l’administration coloniale. Autrement dit la sphère publique est réduite à sa plus simple expression : la plupart des hommes susceptibles de remplir ces mandats refusent de s’impliquer, les autres sont ailleurs : dans les maquis, dans les camps d’internement, hors des frontières  … etc.

Les recherches futures pourront s’orienter vers une histoire sociale des élections, organisées en temps de guerre, non sans mettre l’accent sur le laminage des familles traditionnelles de notables qui ont constitué jusqu’à 1954, le vivier où l’administration pouvait recruter des candidats correspondant à ses attentes. La liste des nouveaux élus est frappante par son hétérogénéité et ne pouvait constituer une force capable de contrebalancer le mouvement de libération algérien.

Ce n’est pas le seul mérite de ce répertoire. Julien Benedetti n’a pas manqué de souligner les caractéristiques principales de ce fonds constitué d’archives de surveillance, qui concernait les militants de tous les partis nationalistes (l’UDMA, le PPA-MTLD, le PCA, l’Association des Ulémas musulmans algériens) mais également le personnel musulman employé dans les différents rouages de l’administration française (Elus, caïds, gardes champêtres, secrétaires, interprètes) et le personnel européen.

Ce ne sont pas moins de 18 000 fiches dont la lecture donne un aperçu d’abord de la dynamique nationaliste dans cette région de l’Est algérien. Toutes les tendances politiques et culturelles sont implantées à Tébessa et ses environs et donnent une idée du mouvement nationaliste, à un tournant décisif de son histoire, fortement marqué par les conséquences liées à la Seconde Guerre mondiale et aux événements du 8 mai 1945. L’implication des partis politiques aux élections participe à l’élargissement de leur base sociale d’autant plus qu’à partir de mai 1946, les Algériens, en accèdant à la nationalité française  , deviennent des électeurs de fait.

Les élections municipales du mois d’octobre 1947 confirmeront la montée du parti le plus radical, le PPA-MTLD, et Tébessa aura un maire musulman  , fait sans précédent dans l’Algérie coloniale. Cette association à l’exercice du pouvoir politique, au delà de la discordance dans la représentation impartie au collège européen et au collège musulman, si éphémère fût-elle, interpelle plus que jamais les historiens du temps présent. Il importe en effet d’interroger autrement cette expérience, en focalisant l’attention, plus précisément, sur les relations entre dynamiques induites par l’institution et les processus sociaux. Il est à peu près certain que, replacée dans une telle perspective, l’analyse de la compétition électorale liée à l’accès aux droits de la citoyenneté revêt un autre sens que la vision manichéenne entretenue par l’historiographie traditionnelle. Tout comme la mesure des résistances exprimées par les différents acteurs, au delà de leur appartenance ethnique.

Il est possible aussi, en exploitant ces nouvelles archives de rendre compte de l’effervescence politique des années précédant le déclenchement de la guerre qui ne se limite pas au seul parti PPA-MTLD mais à l’ensemble des réseaux nationalistes implantés tant à Tébessa qu’aux alentours : Cheria, Tazbent, Doukkane. On suivra avec plus d’attention l’une des crises qui affectera plus particulièrement le PPA-MTLD, conséquence de la découverte de l’Organisation Spéciale   (l’OS), branche armée du parti, à la suite de l’enlèvement d’un militant originaire de la ville de Tébessa.

Enfin, ces archives de surveillance enregistrent un développement particulièrement important, avec le début de l’insurrection armée. Leur consultation est indispensable pour la connaissance des premiers groupes engagés dans les rangs de la « rébellion » selon la terminologie en usage. Deux conséquences importantes de la guerre sont d’une part la mise en place des Sections administratives spécialisées (SAS), structure administrative et militaire à la fois et d’autre part, les centres de regroupement des populations déplacées dont l’étude reste à faire.

Enfin, dans cet arrondissement de Tébessa, il existe deux centres miniers (fer et phosphates) au Kouif et à Djebel Onk dont l’exploitation   a été maintenue en dépit des difficiles conditions, liées au contexte de la guerre. C’est là un aspect fort intéressant de l’histoire économique, complètement occulté par les découvertes du pétrole et du gaz dans le Sahara.

Ce bref aperçu sur ce fonds qui contient pas moins de 119 cartons est loin de rendre compte de son importance pour les futurs travaux historiques. Cependant, comme dans toute recherche touchant à l’Algérie coloniale, son exploitation est souvent appelée à être complétée par les archives restées sur place, comme le signale Julien Bendetti. Les investigations sont à mener au niveau de l’Assemblée Populaire Communale (l’APC) de Tébessa qui a hérité des archives de l’ancienne municipalité et où sont conservés les registres des délibérations du conseil municipal. Par ailleurs, il existe au niveau de la Wilaya   de Tébessa, une conservation des archives qui a recueilli de nombreux papiers de la période antérieure à 1962.

DERNIÈRE MISE À JOUR LE 2016-03-16

Archives
Répertoire établi par Julien BENEDETTI, sous la direction d'André BROCHIER, conservateur en chef
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