Archives privées. Gilles Clérisse (1764/1775)

Cote de référenceFR ANOM 95 APOM 1 à 3
Référence Internetark:/61561/wh799ytf
Description matérielle3 registres
OrigineAcquisition 1993
Organisme responsable de l’accès intellectuel Archives nationales d'outre-mer
29, chemin du moulin de Testas, 13090 AIX-EN-PROVENCE, FRANCE

Gilles Clérisse, est un colon et négociant établi au Cap, île de Saint-Domingue, puis installé à Bayonne. Les copies de près d'un millier de lettres expédiées par Clérisse pour les nécessités de ses opérations commerciales se trouvent dans ces trois registres acquis par les Archives nationales d'outre-mer. Ils constituaient pour lui un outil indispensable à la bonne marche de ses affaires.

Clérisse prenait grand soin de ses papiers : ainsi, en 1773, voulant depuis la France régler d'anciens contentieux, il demande à son régisseur de rechercher une correspondance datée de 1756 « qu'on doit trouver dans l'un de mes deux livres de copies de lettres de ce temps-là qui sont cotés A et B... la réponse devrait se trouver dans un paquet de lettres intitulé Lettres de divers de Bayonne qui commence à l'année 1749 jusqu'à 1761, n° 20, ayant apporté avec moi lors de mon départ du Cap les brouillons des lettres de ma famille. »

Ces documents ne couvrent qu'une courte période de la vie du colon, environ dix ans, de 1764 à 1775. Il s'agit pourtant d'une période charnière puisqu'il regagne définitivement la France en 1765. Affaibli, gagné par l'amertume -« ce pays n'est plus supportable par ceux qui l'ont habité de votre temps, on réussit parfaitement à le détruire et il manque peu de chose à faire pour le perdre sans ressource »-, il s'embarque accompagné de son serviteur Bastien avec 13.000 livres. Il laisse son habitation aux soins de son associé Barthélémy Hirigoyen. Clérisse nous livre alors la vie au quotidien d'un planteur « retour des îles » qui doit s'adapter à un mode de vie différent : « l'usage des étiquettes est assommant, il est bien difficile à un amériquain de s'y assujétir, il y a beaucoup de fous, je crains bien d'en augmenter le nombre. » Ses revenus lui proviennent de ses biens au Cap français qu'il possède en indivis et par moitié avec Hirigoyen : une habitation sucrerie dite Clérisse, située quartier de la Petite Anse, et d'une caféterie et une place à vivres, quartier de la Grande Rivière. Il vit dans la crainte des créanciers et des mauvais régisseurs et reste à la merci d'une mauvaise récolte, du cours changeant des sucres, d'un navire qui tarde.

Préoccupé d'un présent difficile et d'un avenir incertain, Clérisse se livre peu, n'évoque jamais ses premières années. Pourtant, après quelques années d'errance et de gêne (1765-1770) sa situation s'améliore et, enfin fixé à Bayonne depuis 1768, il décide en 1773 de se marier : on apprend alors qu'il est âgé de 64 ans. Il épouse Marie-Françoise Deville, fille sans fortune née à Bayonne en 1742, qui lui donne deux enfants, Marie, née en 1774 et Barthélémy Pierre, né en 1776. Depuis Bayonne il continue à cultiver ses relations dans l'île et suit les efforts de son régisseur Haitre pour redresser la situation du domaine malmenée par la gestion de Labolle.

Le cas Clérisse est exemplaire et s'inscrit à merveille dans le tableau du monde agricole colonial dressé par G. Debien, dans les dernières pages de son étude « Comptes, profits, esclaves et travaux de deux sucreries à Saint-Domingue », publiée dans la Revue de la Société haïtienne d'histoire, 1944-1945 : « C'est la vie ordinaire des sucreries qui occupaient de cent à cent-vingt noirs. Des investissements aussi importants, les mêmes causes de dépenses, les mêmes occasions et facilités de détournements, des résultats analogues sont la monotone histoire de mille autres plantations aux maîtres lointains. »

Libre accès aux originaux.

DERNIÈRE MISE À JOUR LE 2011-12-30

Archives
Répertoire établi par Jacques DION, chargé d'études documentaires, complété par les Archives nationales d'outre-mer
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