Direction des travailleurs indochinois (1939-1957)

OrigineMinistère des Colonies - Direction des travailleurs indochinois
Cote de référenceFR ANOM 4302 COL
Référence Internetark:/61561/nq611aur
Description matérielle139 articles, 13 m. l.
Langue des unités documentairesfrançais
Langue des unités documentaires quôc-ngu
Organisme responsable de l’accès intellectuelArchives nationales d'outre-mer
29, chemin du moulin de Testa, 13090 AIX-EN-PROVENCE, FRANCE

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les autorités envisagent un cadre législatif en cas de nouveau conflit pour pallier le manque de main-d'oeuvre en métropole. En octobre 1926, un premier texte prévoit la création d'un service chargé de la gestion des travailleurs recrutés dans les colonies. L'instruction générale du 24 juillet 1934 sur le "Fonctionnement du Service des Travailleurs indigènes, nord-africains et coloniaux" en fixe les contours. Le service de la Main-d'oeuvre indigène, nord-africaine et coloniale appelé MOI est créé par arrêté du ministre du Travail le 18 novembre 1939 (à ne pas confondre avec la Main-d'oeuvre immigrée, organisation communiste créée en 1923 pour encadrer les travailleurs étrangers en France). Lervice de la MOI passe sous tutelle du Ministre des Colonies par l'ordonnance 45-1276 du 14 juin 1945. Par arrêté du 28 juin 1945, il change de dénomination et se spécialise pour devenir la direction des travailleurs indochinois. La nouvelle direction est chargée du commandement, de l’administration et de la formation professionnelle des travailleurs indochinois basés en France et en Afrique du Nord. En mars 1949, la DTI devient le Service central des travailleurs indochinois, rattaché au ministère de la France d’outre-mer. Entre juillet et décembre 1950, le service dépend du ministère chargé des relations avec les États associés. Il est remplacé en décembre 1950 par le Bureau de liquidation des travailleurs indochinois rattaché au ministère des Affaires politiques et culturelles. Ce bureau avait pour principales missions, la liquidation des affaires en instance à la dissolution du service central, ainsi que l'organisation du rapatriement des travailleurs restés en France à cette date. C’est lui qui s’occupe de l’organisation de la base de débarquement des travailleurs indochinois (BDTI) du Cap Saint-Jacques au Vietnam. L’accueil et l’acheminement des rapatriés vers leur lieu de résidence est pris en charge par la BDTI jusqu’à la dissolution du service en septembre 1950, puis par le Service social du Haut Commissariat pour l’Indochine.

La direction des travaileurs indochinois comprenait un cabinet et trois bureaux.

  • Cabinet : audiences, courrier, service intérieur de la direction
  • 1er bureau, « affaires indochinoises » : chargé du commandement des légions et des compagnies. La légion était composée de quatre ou cinq compagnies. Chaque compagnie était subdivisée en groupe d’une vingtaine d’hommes sous la direction d’un Indochinois interprète. Ce bureau était également chargé du fichier d'immatriculation des travailleurs, de leur formation professionnelle (industrielle ou agricole) et de l’étude des questions relatives à la main d’œuvre indochinoise. L'article premier de l’ordonnance du 14 juin 1945 prévoyait que la formation professionnelle des travailleurs serait assurée par le ministère des Colonies avec le concours du ministère du Travail et de la Sécurité sociale. Dix centres de formation ont été établis.
  • 2e bureau, « affaires administratives » : chargé des nominations, des mutations et du contrôle du personnel. Il était également chargé de la constitution et de la distribution des stocks d’habillement et d’alimentation, ainsi que de l’achat et de la répartition du matériel. Il avait pour mission de gérer la comptabilité financière, l’ordonnancement de régie et le contentieux.
  • 3e bureau, "assistance médicale" : chargé de tenir des fichiers médicaux des travailleurs et de collaborer avec la direction du service de santé coloniale. L’assistance médicale prévoyait un suivi médical des travailleurs effectuée par une inspection médicale mensuelle.

Dès 1939 des réquisitions de travailleurs furent pratiquées dans les différentes colonies au titre de la "Loi sur l’organisation générale de la Nation en temps de guerre" (11 juillet 1938). Ce texte prévoyait la levée de main d’œuvre coloniale, afin de suppléer le manque d’ouvriers en métropole. En Indochine, plus de vingt-mille travailleurs volontaires ou requis furent enrôlés par le Gouvernement général de l’Indochine. Celui-ci était chargé du recrutement et du transport des hommes jusqu’en métropole. Arrivées en France après plusieurs semaines de traversée, les recrues, pour la plupart d’origine rurale, débarquaient à Marseille où se trouvait la Base principale de débarquement. Les travailleurs étaient alors regroupés en compagnies de même origine géographique, dont chacune représentait environ deux-cent-cinquante hommes (10 groupes de 24 hommes), interprètes compris. Les soixante-douze compagnies indochinoises furent regroupées en cinq légions : 1ère légion (Toulouse, puis Agde, Lodève, Décines et Lyon), 2ème légion (Bordeaux puis Bergerac), 3ème légion (Sorgues puis Grenoble), 4ème légion (Toulouse), 5ème légion (Marseille). Celles-ci étaient placées sous le commandement de cadres européens issus de l’administration ou de l’armée coloniale. Les interprètes et les surveillants étaient recrutés en Indochine parmi les cadres des tirailleurs et de la garde indigène. Par la suite, des surveillants furent pris sur les contingents de travailleurs. Les Indochinois arrivés à Marseille à partir du mois de novembre 1939 furent affectés avec un statut d’ouvriers non spécialisés dans des usines travaillant pour la Défense nationale (arsenaux, cartoucheries, poudreries, ateliers de construction navale et aéronautique). La base principale de débarquement était chargée de la gestion des travailleurs, de l’organisation des débarquements, de l’affectation des compagnies. Entre fin 1939 et juin 1940, 191 travailleurs furent rapatriés la plupart pour raisons sanitaires. Après l’armistice de juin 1940, ceux qui n’avaient pas déserté pour rejoindre le maquis furent regroupés en zone sud en prévision de leur rapatriement. Environ 4000 indochinois purent rejoindre l'Indochine entre janvier et septembre 1941. Suite au blocus de la Marine britannique et à l'interruption des liaisons maritimes avec la colonie, les rapatriements s'interrompirent. Les travailleurs restés sur place furent alors mis à disposition de l'armée pour des travaux de garnison et dans quelques poudreries. D’autres compagnies furent recrutées par des entreprises privées du secteur textile ou industriel. La plupart des unités furent employées au redéploiement agricole (riziculture en Camargue) et forestier (coupe forestière, chantiers de carbonisation). Parallèlement, les autorités mirent en place un programme de formation professionnelle à l'attention des travailleurs. Le nombre d'Indochinois restant en France à cette période est estimé à environ 15 000. Ils étaient regroupés en 60 compagnies et cinq légions situées à Marseille, Agde, Bergerac, Sorgues et Lyon-Vénissieux. Ils furent progressivement rapatriés entre mars 1946 et 1950. Les derniers retours eurent lieu en 1953.

Ce fonds concerne l'organisation et le fonctionnement de la direction des travailleurs indochinois du ministère des Colonies. Il comprend également quelques dossiers produits par le service de la Main-d'oeuvre indigène, nord-africaine et coloniale qui l'a précédé. Une partie des dossiers intéresse la création, l'organisation et la dissolution du service, à travers les textes réglementaires, les notes de service et la nombreuse correspondance concernant notamment le personnel européen et indochinois. Ce fonds concerne au premier chef les travailleurs indochinois : le recrutement et l'immatriculation en Indochine, le convoiement (vers et depuis la base principale de Marseille), la répartition dans les différentes compagnies, la mise à disposition des entreprises privées après l'armistice, la gestion des salaires et du pécule  , le suivi sanitaire, l'assistance morale et de manière plus générale les conditions de vie au sein des unités. Parmi les documents particulièrement remarquables de cet ensemble, on peut souligner l'intérêt des registres de gestion du pécule. Ils se présentent sous la forme de listes nominatives classées par numéro de matricule (et donc par zone géographique d'origine des travailleurs). On y trouve également des informations liées aux dates d'arrivée, de rapatriement et de levée de réquisition des travailleurs. Les dossiers se rapportant aux comptes-employeurs renseignent sur le stationnement des unités, les salaires et primes, à travers les contrats de travail et de nombreux rapports mensuels. Les notes des commandants de légion ainsi que les comptes rendus de mission des inspecteurs, souvent accompagnés de tableaux nominatifs, donnent des précisions sur le quotidien des travailleurs et sur leurs conditions de travail. La surveillance étroite dont les ouvriers faisaient l'objet a donné lieu à la rédaction de rapports, notes, correspondances, comptes rendus de visites. Ces documents traduisent leur engagement politique, qu'ils soient déserteurs, résistants ou militants au sein de groupements syndicaux ou de partis politiques. Les familles des travailleurs sont quant à elles évoquées dans les dossiers d'aide sociale (demandes d'allocations, demandes de travailleurs mariés à des françaises). Le fonds de la direction des travailleurs indochinois est essentiel pour la compréhension de la gestion de la main-d'oeuvre indochinoise par l'administration coloniale durant la seconde guerre mondiale. Il doit cependant être complété par les dossiers produits par d'autres services du ministère des Colonies conservés aux ANOM (voir sources complémentaires).

Le plan de classement choisi aborde dans la première partie l’évolution historique du service (dissolution de la MOI, création de la DTI, création du bureau de liquidation de la DTI), dans la seconde partie l’ organisation et le fonctionnement de celui-ci (chronos du courrier au départ de la DTI, affaires financières avec notamment les registres de gestion du pécule classés par numéro matricule, personnel, contentieux). Les autres parties sont consacrées aux grandes missions que la DTI a assurées entre 1939 et 1957. La troisième partie rassemble les dossiers liés à l’organisation des convois d’arrivée (registres d’immatriculations ouverts en Indochine, comptes rendus de traversées, organisation des débarquements et regroupements à Marseille, répartition dans les différentes compagnies), ainsi que ceux concernant les rapatriements (plan de rapatriements, demandes individuelles, création de la base de débarquement des travailleurs indochinois de Cap Saint-Jacques en Indochine). Ces dossiers sont classés par convoi, ils contiennent des tableaux comparatifs et des listes nominatives. La quatrième partie regroupe les dossiers concernant l’encadrement des travailleurs. C’est là que l’on trouvera les dossiers sur le commandement des légions, sur les sociétés et entreprises employeurs, classés par type d’emploi et par légion. La cinquième partie concerne les missions d’inspection, de contrôle et de surveillance au sein des compagnies. On y trouve notamment des rapports sur le moral et l’état d’esprit des travailleurs (dossiers sur les déserteurs et les travailleurs incarcérés), ainsi que de nombreux documents sur les conditions de vie au sein des unités. Enfin les cinquième et sixième parties traitent des œuvres sociales (foyers sociaux, allocations diverses, distinctions honorifiques pour services rendus ou victimes de guerre), de l’assistance morale (aumôniers catholiques) et médicale (rapports d’inspections sanitaires, médecins civils conventionnés, travailleurs hospitalisés et rapatriés pour raisons médicales).

Seuls les documents présents en plus de trois exemplaires parfaitement identiques ont été éliminés.

Le fonds d'archives de la DTI contient également un lot de dix-huit photographies réalisées par le cabinet « Photo Tremoulet » à Lyon. Ces photographies (tirages noir et blanc, 18x24), de très bonne qualité et bien conservées, ne sont pas datées. Elles illustrent certains aspects de la vie quotidienne des travailleurs de la 63e compagnie basée à Décines dans la banlieue lyonnaise. Ces tirages ont été extraits du fonds pour des raisons de conservation. Ils ont été placés en iconothèque.

Le fonds est entièrement communicable selon les articles L. 213-1 et L. 213-2 du Code du Patrimoine.

Les documents présentant un caractère de fragilité, il s'agit le plus souvent de papier pelure, il est recommandé aux chercheurs d'y prêter la plus grande attention lors de leur consultation.

  • Ministère des Colonies

  • Résidence supérieure au Tonkin

  • Haut commissariat de France pour l'Indochine

  • Archives privées
  • Fonds Georges Philip. Georges Philip était administrateur de la France d'outre-mer, il a été recruteur de travailleurs en 1940 (65 APOM 2).

DERNIÈRE MISE À JOUR LE 2016-10-20

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Répertoire établi par Myriam COCO, stagiaire, sous la direction d'Olivia PELLETIER, conservateur du patrimoine
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