Commune mixte du Djurdjura (Algérie) (1880-1960)

CoteFR ANOM 91502/1-338
Description matérielle 28 mètres linéaires
OrigineVersement de la commune mixte du Djurdjura
Organisme responsable de l’accès intellectuel Archives nationales d'outre-mer
29 chemin du Moulin de Testa, 13090 Aix-en-Provence
Langue des unités documentairesfrançais

Le Djurdjura est une commune mixte créée par arrêté gubernatorial du 25 août 1880 (à effet au 1er octobre 1880), à partir de territoires distraits de la commune indigène de Fort-National, dans une zone très montagneuse, le massif du Djurdjura culminant pour sa part à 2308 mètres d'altitude.

Elle a pour chef-lieu Michelet, et cette commune mixte qui s’étend sur plus de 33.000 hectares est peuplée de 81.400 habitants (en 1936), un territoire sans maire élu, pour des populations en très grande majorité « indigènes » (80.970 personnes en 1936, dites à l’époque « Français musulmans »), territoire pourvu d’un administrateur nommé par l’autorité coloniale, et divisé en douars (par exemple 11 en 1932).

Dès janvier 1955, le Djurdjura devient un "sanctuaire" de l'ALN (Armée de libération nationale), et en avril 1955, l’état d’urgence est établi en Kabylie. Les archives émises après avril 1955 le sont donc dans le contexte très particulier de la guerre d'Algérie.

La commune mixte est supprimée par arrêté du 27 novembre 1956.

Le Djurdjura (dont le chef-lieu Michelet est à 1075 m d’altitude) est un territoire bien connu par un peuplement concentré sur les sommets de Kabylie (au-dessus de 400 m d’altitude), sa production agricole (orge, figues, olives) bien inférieure aux besoins de la population, et l’émigration des hommes en métropole (un exode de 1633 individus par an à l’époque) ; le territoire subsiste grâce aux salaires que perçoivent ces Kabyles, émigrés le plus souvent en région parisienne, où ils sont en contact direct avec les premiers nationalistes algériens.

Soulignons tout d’abord l’intérêt exceptionnel des archives du centre professionnel rural de Michelet, conservées dans ce fonds, depuis sa création en 1927. Ce centre formait les jeunes hommes en menuiserie, mécanique, forge, maçonnerie.

Quatre points forts de ce fonds ont également un grand intérêt historique : la collection des délibérations de la commission municipale, conservée de 1922 à début 1957 presque sans interruption ; l’agriculture, avec la Société indigène de prévoyance depuis sa fondation en 1896 ; l’hôpital Sainte-Eugénie, tenu par les Pères blancs et Sœurs blanches (Société des missionnaires d’Afrique) depuis 1893 ; la surveillance politique, exercée entre autres sur les Scouts musulmans où se reflète le passage d’Hocine Aït Ahmed (natif du Djurdjura, et qui y demeura caché de 1945 à 1951 malgré les recherches de la gendarmerie, militant au Parti du peuple algérien, avant de s’exiler au Caire, et d’être l’un des plus hauts dirigeants du FLN).

La surveillance des étrangers, un dossier sur la geôle puis prison annexe de Michelet, les rapports mensuels de l’administrateur au sous-préfet de 1954 à juin 1956, retiendront aussi l’attention de l’historien, ainsi que les dossiers sur l’émigration des hommes en métropole, l’application de l’état d’urgence (1955-1957), les demandes de naturalisation (1886-1950), les études sur l’habitat kabyle. Enfin comme d’autres fonds de commune mixte, ce fonds contient la délimitation officielle des douars à partir de 1889, suite au sénatusconsulte de 1863 sur la propriété, le recensement des conscrits de 1925 à 1948, le « Tableau d’organisation des populations indigènes » qui détaille de 1914 à 1939 les fractions, subdivisions des tribus, et le nom de leur "adjoint indigène" (dénomination des caïds avant 1919).

On y trouvera aussi le reflet des divers cultes de 1880 à 1953, le déroulé et les résultats des élections, et surtout les élections de djemâa, institutions importantes en pays kabyle dans les douars et les villages. Après les travaux d’Alain Mahé sur la Kabylie, ceux de Neil Macmaster ont mis en évidence le rôle des djemâas non seulement en Kabylie, mais dans toutes les sociétés paysannes du Tell (kabyles ou arabes). Ces communautés paysannes, basées sur la fraction de tribu, s'organisent comme instrument de cohésion et de solidarité contre l'ordre colonial, comme cellule de résistance, comme contre-pouvoir efficace, constate Macmaster. Les premières élections de djemâa en 1919 sont absentes du fonds, mais celles de 1935 sont présentes, ainsi que toutes les suivantes.

Grande originalité du Djurdjura, une expérience administrative novatrice eut lieu : des centres municipaux furent créés, par plusieurs actes de 1945 et 1946, comme de nouvelles subdivisions des douars (le gouverneur général en créa également d’autres, dans d'autres communes mixtes). Ces centres ont perduré jusqu'à la fin de la commune mixte.

Des présidents dirigeaient ces centres municipaux, qui avaient un budget propre (voir les travaux d'Alain Mahé). Au Djurdjura, le premier centre fut créé en août 1945, 13 autres en novembre 1945, et encore 9 autres en juillet 1946 ; les archives conservées ici sur ces centres municipaux couvrent la période de 1945 à 1957.

La commune mixte est supprimée par arrêté du 27 novembre 1956. En pleine guerre d'Algérie, plusieurs dossiers ont toutefois continué d'être alimentés après cette date, jusqu'en 1957, mais encore plus tardivement, exceptionnellement, jusqu'en 1960 (dans trois cas : pour un emprunt de travaux publics, pour quelques dossiers de caïds, et pour le chrono de courrier départ de deux nouvelles communes de plein exercice, créées en 1957).

Quant au registre de comptabilité (livre de détail), il a été tenu jusqu'en novembre 1959, alors que la commune mixte était en théorie supprimée.

En application des articles L 213.1 et L 213.2 du Code du patrimoine, les documents décrits dans le présent instrument de recherche sont librement communicables, à l'exception de l'article 100 (données médicales : dossiers d'aliénés nés entre 1900 et 1936).

Préfecture d'Alger

Sous-préfectures d'Algérie

Livre d'or des morts pour la France

Centre des hautes études administratives sur l'Afrique et l'Asie modernes

Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique

Notes du général Neveu

Ancien Bachagha du Djurdjura, interné à Jaffa et à Damas

  • Hocine AÏT AHMED, Mémoires d’un combattant, Paris, S. Messinger, 1983
  • Alain MAHÉ, Histoire de la Grande-Kabylie, XIXe-XXe siècles. Anthropologie du lien social dans les communautés villageoises, Paris, Bouchêne, 2001
  • Yves LACOSTE, « Rapports plaine-montagne en Grande-Kabylie », dans id., Unité et diversité du Tiers-Monde. Des représentations planétaires aux stratégies sur le terrain, Paris, La découverte/Hérodote, 1984, p. 470-539
  • Kamel KATEB, Européens, "indigènes"et Juifs en Algérie (1830-1962) : représentations et réalités des populations Paris, Éditions de l'Institut National d'Etudes Démographiques, 2001
  • René MAUNIER, La construction collective de la maison en Kabylie : étude sur la coopération économique chez les Berbères du Djurdjura, Paris, Institut d'ethnologie, 1926
  • Jean DESPOIS, La répartition en altitude des populations de la Kabylie du Djurdjura, Annales de Géographie, 1951, volume 60 (numéro 320), p. 238-239, en ligne sur Persée
  • Neil MACMASTER, The Roots of Insurrection: The Role of the Algerian Village Assembly (Djemâa) in Peasant Resistance, 1863–1962, dans Comparative Studies in Society and History, 2013, 52 (2), p. 419–447
  • E.B., « Djurdjura », in Encyclopédie berbère, 16 | Djalut – Dougga, mis en ligne le 01 juin 2011, http://encyclopedieberbere.revues.org/2199
DERNIÈRE MISE À JOUR LE 2017-11-16

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